Vote suivant
Texte : © Les Pestiférés
| Sur la musique de « Au suivant » de Jacques Brel (1963)
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Aujourd'hui c'est Grand' Messe, comme tous les cinq ans,
La gueuse en grande prêtresse appelle ses servants :
« Vote suivant, vote suivant ! »
Invoquant les auspices de la déesse raison
Elle offre en sacrifice le destin de la nation.
« Vote suivant, vote suivant ! »
Et les cérémoniaires recoivent les chèques en blanc
Cadeau de l'anniversaire qu'on fête au Léviathan.
« Vote suivant, vote suivant ! » -
La loge déclare ouverte la sournoise élection
D'un loup briguant la tête du troupeau des moutons.
« Vote suivant, vote suivant ! »
Consultation plénière, tous partent en procession
Remplir l'urne funéraire de leurs belles illusions.
« Vote suivant, vote suivant ! »
Aux bureaux voila qu'ils se pressent donner leur consentement
C'est là toute la finesse du libre asservissement.
« Vote suivant, vote suivant ! » -
Là se tient Monsieur le Maire, il a l'air si content :
« Aux élections dernières, y avait pas autant de gens ! »
« Vote suivant, vote suivant ! »
La cocarde à la veste il savoure ce moment
Où le bon peuple manifeste son servile dévouement.
« Vote suivant, vote suivant ! »
Signe que la propagande sauvera encore une fois
La caste et ses prébendes qu'elle usurpa aux rois.
« Vote suivant, vote suivant ! » -
Et à chaque échéance, nous, on vote en se disant
Qu'un jour viendra notre chance, qu'on peut pas perdre tout le temps…
« Vote suivant, vote suivant ! »
Et on remonte sur le manège, repeint pour l'occasion
Qu'importe si c'est un piège, qu'importe s'il tourne en rond !
« Vote suivant, vote suivant ! »
Sortilège à sornettes où charmeurs et serpents
Tiennent le coq par la crête, le vident de son sang.
« Vote suivant, vote suivant ! » -
Ma patrie, ma pauvre mère, on muselle tes enfants
Et toi, on te fait taire, à coups de tranquilisants !
« Vote suivant, vote suivant ! »
Quand se lèvera-t-il le Prince, de la France au Roi dormant
La délivrer des pinces de tous ces mécréants ?
« Vote suivant, vote suivant ! »
Et eux quoiqu'on en fasse, des bagnards, des pendus,
Ils seront à leur place tant qu'on ne les revoit jamais plus,
Eux et tous leurs « Vote suivant, vote suivant ! »